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avr 28 2010

« Le champ de bataille est toujours le corps féminin »

Article paru le 18/12/2009 sur Le Point :

Henry Laurens, historien du monde arabe et professeur au Collège de France, appelle à la prudence face à l’islam.
Propos recueillis par Catherine Golliau

Henry Laurens, Le Point : En tant que spécialiste du monde musulman, comment jugez-vous le débat sur l’identité ?

Henry Laurens : Nous sommes face à un changement de définition de l’espace public. Au lendemain de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, le Conseil d’Etat a autorisé les catholiques à organiser des processions dans la rue, considérée comme un espace partagé, mais a interdit les crucifix dans les tribunaux, espace régalien, celui de l’Etat. Aujourd’hui, nous avons tendance à confondre espace public et espace partagé. L’Etat a le droit d’interdire à une jeune fille de porter un voile dans un lycée, car c’est un espace régalien. Mais dans la rue, dans les cafés, des espaces partagés, il ne peut évidemment en être de même.

Mais les minarets ?

La règle est que nous les acceptons comme symbole religieux, mais qu’en soit interdite la fonction : l’appel public à la prière.

Mais les cloches des églises sonnent. L’acceptez-vous parce la France est de culture chrétienne ?

Les cloches ont été laïcisées depuis qu’elles servent à marquer l’heure légale. Quant à l’Histoire, « elle n’est pas notre code », a dit le révolutionnaire Rabaut-Saint-Etienne lors des débats de la Constituante : elle ne doit pas guider notre conduite. La notion de « racines chrétiennes de l’Europe » n’est qu’une création récente : pour les Lumières, nous étions les descendants de Rome et de la Grèce. Pour Condorcet, le mouvement de l’Histoire était celui de la libération de la religion. Il aurait été absurde pour les pères fondateurs de la IIIe république de faire référence au christianisme ! Reconnaître la généalogie judéo-chrétienne de l’Europe est certes essentielle pour lutter contre l’antisémitisme implicite du christianisme, mais, comme toute généalogie, elle est par ailleurs exclusive. En l’adoptant, on fait passer à la trappe l’importance du couple Grèce-Rome, fondamental pour la conception de la République française. Et les musulmans ne s’y sont pas trompés : ils nous ont accusés de vouloir les exclure. La culture islamique s’est nourrie en effet de sources grecques.

Faut-il pourtant voir en l’Islam le seul transmetteur à l’Occident des textes antiques, comme certains le soutiennent ?

Il faut se méfier d’une vision finaliste de l’Islam dont on ferait un transmetteur de civilisation pour l’Europe. Ce serait conditionner la pensée islamique en fonction de la pensée européenne. En fait, l’Europe s’est inspirée de certains contenus intellectuels venus de l’Islam, comme les commentaires d’Averroès sur Aristote. Mais les Arabes ne les ont pas produits pour nous…

Mais comment expliquer le décalage culturel entre l’Occident et l’Islam en tant que civilisations productrices de savoir ?

La pensée s’exprime en fonction de ses modes de production. Il est légitime de comparer les pensées médiévales islamique et européenne, car elles s’expriment dans le même type de support, le manuscrit. A partir du XVe siècle, quand l’Europe passe à l’imprimerie, on n’est plus dans le même univers mental ni dans le même rythme d’accumulation des connaissances. Ainsi, l’Europe commence à imprimer des livres en arabe dès le XVIIe siècle, mais les mêmes ne le seront dans l’Empire ottoman que deux siècles plus tard. L’Islam est resté jusqu’à la fin du XVIIIe siècle dans une culture du manuscrit. Seuls sont recopiés les textes considérés comme importants et le savoir est réservé à une élite. L’Islam chiite va continuer à produire de grands penseurs, notamment du XVIe au XVIIIe siècle, mais, du fait de cette culture du manuscrit, ils sont peu connus. Même si des orientalistes les ont étudiés, ils ne font pas partie de notre généalogie intellectuelle.

Ce retard technique explique-t-il l’absence d’une véritable lecture critique des textes religieux ?

D’une certaine manière, oui. L’imprimé, parce qu’il permet la production de masse, favorise la comparaison et la critique. Au début du XXe siècle, durant ses études à Qom, en Iran, le futur imam Khomeyni s’imprégnera de la lecture des néo-platoniciens grecs, en particulier le pseudo-Aristote : des textes dont l’Occident savait depuis des lustres qu’ils avaient été faussement attribués à Aristote… Les Iraniens utilisaient une tradition manuscrite qui ignorait les travaux européens depuis la Renaissance.

Pourtant, au XIXe siècle, et principalement en Egypte, l’Islam a connu une véritable révolution intellectuelle avec la « Nahda », la « renaissance », ce mouvement réformateur qui suit la conquête coloniale…

C’est alors justement que la société islamique bascule dans l’imprimé. On redécouvre le patrimoine intellectuel, on imprime les grands classiques, Averroès, Avicenne, Ibn Arabi… On adapte les acquis de la culture européenne en fonction de l’héritage intellectuel musulman. Mais c’est aussi à partir de là que certains veulent réformer l’islam pour revenir à l’esprit des anciens, et non à la lettre. Ce mouvement dit salafiste va s’inspirer du modèle de la réforme protestante.

Pourquoi ?

Le protestantisme est plus proche de l’islam que le catholicisme. Au XVIe, d’ailleurs, les catholiques traitent le protestantisme de « turco-calvinismus », du fait de son iconophobie. L’une et l’autre ne croient pas en la sacralité des prêtres : le pasteur comme l’ouléma n’est qu’un maître en science religieuse. Ils ont aussi une approche très libérale de l’argent et n’ont rien contre le commerce. Il faut se réaliser sur terre. Des études montrent ainsi que les téléprédicateurs égyptiens ne sont pas très différents des téléprédicateurs protestants américains.

Et avec les nouveaux médias les musulmans peuvent aussi se passer des exégètes…

Oui, chacun peut prendre un Coran et dire ce qu’il veut. Mais les médias de masse sont arrivés en Islam dans des pays où beaucoup étaient encore peu ou pas alphabétisés : l’exégèse a décliné et l’approche littéraliste, brute de décoffrage, s’est développée. Un musulman « littéraliste » comme un islamophobe peuvent avoir la même approche. L’un justifiera la guerre sainte au nom du Coran, l’autre rejettera l’islam à cause d’elle…

Péché d’ignorance…

De fait, on connaît mieux en France l’islam que le christianisme. Le niveau de culture chrétienne de l’étudiant standard en France est quasi nul, de sorte que notre patrimoine occidental n’est plus lisible. C’est d’ailleurs cela qui nous gêne dans l’islam : il existe ! Les Européens qui ont l’impression d’avoir rendu la religion inoffensive ont face à eux un islam qu’ils ressentent comme étant encore à l’état sauvage.

Le traitement de la femme n’incite pas à parler de civilisation…

Le champ de bataille religieux est toujours le corps féminin. Si l’Occident peut se permettre de dévoiler ses femmes, c’est parce qu’elles ont justement domestiqué la religion. Si les bonnes catholiques vont à la messe, elles n’admettent pas que le pape leur interdise l’usage de la pilule. Mais, en Islam, les premières à défendre le voile, ce sont généralement les filles. Il existe une relation complexe au niveau anthropologique entre le religieux et le féminin. Le judaïsme orthodoxe a ainsi le même rapport à la femme que l’islam orthodoxe, et rappelez-vous Tartuffe…

Vous relativisez beaucoup…

C’est essentiel. Le discours sur l’islam est confus, parce que sa réalité est complexe. Pour les religieux et les autorités administratives, il n’est qu’un Islam, unique partout dans le monde, mais il existe une différence considérable entre un musulman arabe, africain ou européen. On ne peut réduire les sociétés musulmanes à l’islamisme politique qui s’est développé depuis la révolution iranienne de 1979. Des djihadistes façon Ben Laden sont des nihilistes dont le niveau de culture islamique est à peu près égal à zéro. Il faut relativiser. Dans les années 70, mes maîtres croyaient dur comme fer que le croyant cédait la place au citoyen. Et est arrivée la révolution islamique ! Ne faisons pas la même erreur en voyant définitivement des islamistes partout.


avr 19 2010

Succès du troisième dépose-vélo

Dimanche dernier, l’association Fées du Sport a mené pour la troisième fois une collecte de vélos inutilisés. Le bilan de cette action à été très positif puisque 88 vélos ont été récupérés. Ces vélos seront redistribués à des adultes ou des enfants qui n’en n’ont pas après une remise en état.

De plus, pour poursuivre son engagement dans la Charte Européenne de la Sécurité Routière, Fées du Sport à mené en partenariat avec l’association Prévention routière et la Préfecture de Lot-et-Garonne une action de sensibilisation pour les futures cyclistes.

Voici quelques photos prises ce weekend :

L’action des Fées du Sport dans la presse :


mar 23 2010

En 25 ans le taux d’abstention a été multiplié par 2

Nous sommes fiers en France de notre système démocratique, est-ce que les abstentionnistes y participent ? Oui, puisqu’ils ont le droit de ne pas voter. Donc on peut dire que ceux qui se sont abstenus dimanche ont participé massivement au scrutin des régionales, mais qui ont-ils donc choisi pour voter les impôts qu’ils vont payer ou le barème des aides qu’ils vont percevoir ?

En 2009, lors des élections européennes les titres étaient « une abstention record » et tout de suite l’excuse venait : « l’Europe est si loin ».

En mars 2010, les mêmes titres, mais la région est-elle aussi loin que Bruxelles ? Une constatation, dans les deux situations, le Lot-et-Garonne a bien tenu le choc.

Au-delà de la tristesse de la désaffection des urnes, se pose les questions :

- Nos élus, maintenant qui représentent-ils ?

- Que signifierait un vote obligatoire ou incitatif ?


jan 05 2010

La France, championne d’Europe des centenaires

Le Journal du Dimanche du 3 janvier a consacré deux pages dynamiques au vieillissement de la population française. Phénomène européen, la France est tête de liste des pays qui compte le plus de centenaires. Être heureux en vieillissant signifie anticiper cette révolution démographique.

Les trois révolutions du vieillissement :

  • réformer le système de retraites : Oui dit le JDD. Un centenaire passe aujourd’hui quarante ans de sa vie à la retraite… Repenser la qualité de vie au travail est une condition de vie essentielle pour travailler plus longtemps.
  • Mais … préparer sa carrière de retraité aussi. Hors de question de se retrouver sans projet après le pot de départ du bureau. Pour être réussie, une « carrière » de retraite doit être préparée.
  • Et … inventer une protection sociale pour les plus âgés. Le débat sur la dépendance en 2010 ? Serpent de mer depuis les années 1960, la réforme n’est pas encore sur pied, mais elle est promise !

Les grands relais d’opinion prennent en compte la révolution de l’âge, ils donnent une résonance au phénomène.

Lorsque j’avais observé que le temps d’inactivité serait au moins équivalent au temps d’activité, j’ai proposé que les jeunes séniors puissent bénéficier de leur expérience pour inventer avec eux les nouveaux métiers.

En outre, le JDD interviewe 3 centenaires : un véritable bonheur, un hymne à la vie !


Lire l’article complet du JDD.


déc 22 2009

Grand emprunt et sommet de Copenhague

Des grandes nouvelles de la semaine, je retiendrai l’absolue nécessité de ne pas construire des espoirs si leurs réalisations sont incertaines.

Centre Universitaire d'Agen

Centre Universitaire d'Agen

Le grand emprunt : Plusieurs mois de débat, des propositions qui filtrent, et enfin les décisions. L’une emblématique, le financement des Universités. Si je choisis ce raccourci, c’est parce que c’est ainsi que les jeunes l’ont entendu. Ça fait bien longtemps que l’actualité politique ne les avait pas interpellés.

En ce qui me concerne j’en suis heureuse. A nous maintenant de leur montrer qu’ils ont raison de croire.

Copenhague : combien de temps que rêves et espoirs se partagent pour savoir vers quel horizon ce sommet nous conduira enfin, tous d’accord autour d’un vrai projet pour le Monde.

En France, le Grenelle de l’environnement nous avait préparé, en mixant réflexion, concertation, proposition et même réglementation avec des objectifs précis.

Et puis voilà, Copenhague, c’est se confronter à la réalité du monde, à sa diversité, notamment d’intérêts et donc de préoccupations. La frustration qui s’est exprimée est à la hauteur des espoirs qui s’étaient cristallisés.

Logo J'éco-gère, mon logement, ma planete
Pourtant, même si je regrette qu’une politique commune n’ait pas pu être offerte, même si je regrette que l’organisation n’ait pas permis à tous de s’exprimer, ce qui a suscité de nombreuses manifestations, et bien, je pense qu’une interpellation aussi forte ne restera pas sans lendemain. Et puis, je note l’engagement résolu de l’Europe. Après tout la taxe carbone à l’échelle de la consommation de nos 500 millions d’habitants c’est un axe fort de travail en cours.

Enfin je propose que l’action de chacun se manifeste dans nos territoires, notamment de la part des élus. Il y a un effort à consentir pour un habitat plus resserré des lieux d’activité, plus dense aussi, pour améliorer la dépense publique locale en eau, en énergie, pour repenser les déplacements.

A ce propos une anecdote, lors d’un déjeuner de travail, j’étais la semaine dernière à la table de Benoist Apparu. Entre nous, un acteur important de l’immobilier parisien attirait l’attention du ministre sur la nécessité de construire plus haut à Paris. Je propose alors au ministre que cette économie de la terre foncière soit prise aussi en compte par les élus ruraux. Mon voisin de répondre que cela n’a pas d’importance dans la France rurale. Avant même que je puisse protester, le Ministre a réagi : les zones rurales doivent être vigilantes au gaspillage du foncier, car c’est aussi le coût du transport etc..Etait-ce l’élu local ou le ministre qui s’exprimait ? mais ce fut aussi spontané que sincère.

Alors rêvons grand, loin mais agissons par petits pas, vite et près de chez nous.