Articles tagués : conviction


avr 30 2010

L’Europe et le trafic aérien

Avion air France à Charles de Gaulle

Ceux qui ont déploré la prétendue inefficacité de l’UE et de ses institutions face au blocage du trafic aérien ont-ils oublié que l’UE n’a pas de compétences en ce domaine. Les États en ont gardé la responsabilité ; toutes les décisions de fermeture des espaces aériens ont été prises par les autorités nationales. La Commission européenne a fait ce qu’elle pouvait faire : lancer un appel à la coordination et à la coopération. Le ministre espagnol des Transports a, en tant que président du Conseil, organisé une vidéoconférence avec ses collègues, qui a quand même pu prendre un certain nombre d’initiatives. Et surtout, la Commission a saisi l’occasion pour annoncer qu’elle proposera avant la fin de l’année des mesures visant à remédier à la fragmentation actuelle de la gestion du trafic aérien. Les projets sont déjà assez avancés, allant de l’intégration d’Eurocontrol (chargé de la sécurité du trafic) dans les structures communautaires à la création d’un organe européen spécifique, analogue à la FAA américaine.
Mais ceux qui ont critiqué l’inefficacité européenne sont-ils les mêmes qui s’opposent à l’expansion des compétences de l’UE ? A suivre…


avr 28 2010

« Le champ de bataille est toujours le corps féminin »

Article paru le 18/12/2009 sur Le Point :

Henry Laurens, historien du monde arabe et professeur au Collège de France, appelle à la prudence face à l’islam.
Propos recueillis par Catherine Golliau

Henry Laurens, Le Point : En tant que spécialiste du monde musulman, comment jugez-vous le débat sur l’identité ?

Henry Laurens : Nous sommes face à un changement de définition de l’espace public. Au lendemain de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, le Conseil d’Etat a autorisé les catholiques à organiser des processions dans la rue, considérée comme un espace partagé, mais a interdit les crucifix dans les tribunaux, espace régalien, celui de l’Etat. Aujourd’hui, nous avons tendance à confondre espace public et espace partagé. L’Etat a le droit d’interdire à une jeune fille de porter un voile dans un lycée, car c’est un espace régalien. Mais dans la rue, dans les cafés, des espaces partagés, il ne peut évidemment en être de même.

Mais les minarets ?

La règle est que nous les acceptons comme symbole religieux, mais qu’en soit interdite la fonction : l’appel public à la prière.

Mais les cloches des églises sonnent. L’acceptez-vous parce la France est de culture chrétienne ?

Les cloches ont été laïcisées depuis qu’elles servent à marquer l’heure légale. Quant à l’Histoire, « elle n’est pas notre code », a dit le révolutionnaire Rabaut-Saint-Etienne lors des débats de la Constituante : elle ne doit pas guider notre conduite. La notion de « racines chrétiennes de l’Europe » n’est qu’une création récente : pour les Lumières, nous étions les descendants de Rome et de la Grèce. Pour Condorcet, le mouvement de l’Histoire était celui de la libération de la religion. Il aurait été absurde pour les pères fondateurs de la IIIe république de faire référence au christianisme ! Reconnaître la généalogie judéo-chrétienne de l’Europe est certes essentielle pour lutter contre l’antisémitisme implicite du christianisme, mais, comme toute généalogie, elle est par ailleurs exclusive. En l’adoptant, on fait passer à la trappe l’importance du couple Grèce-Rome, fondamental pour la conception de la République française. Et les musulmans ne s’y sont pas trompés : ils nous ont accusés de vouloir les exclure. La culture islamique s’est nourrie en effet de sources grecques.

Faut-il pourtant voir en l’Islam le seul transmetteur à l’Occident des textes antiques, comme certains le soutiennent ?

Il faut se méfier d’une vision finaliste de l’Islam dont on ferait un transmetteur de civilisation pour l’Europe. Ce serait conditionner la pensée islamique en fonction de la pensée européenne. En fait, l’Europe s’est inspirée de certains contenus intellectuels venus de l’Islam, comme les commentaires d’Averroès sur Aristote. Mais les Arabes ne les ont pas produits pour nous…

Mais comment expliquer le décalage culturel entre l’Occident et l’Islam en tant que civilisations productrices de savoir ?

La pensée s’exprime en fonction de ses modes de production. Il est légitime de comparer les pensées médiévales islamique et européenne, car elles s’expriment dans le même type de support, le manuscrit. A partir du XVe siècle, quand l’Europe passe à l’imprimerie, on n’est plus dans le même univers mental ni dans le même rythme d’accumulation des connaissances. Ainsi, l’Europe commence à imprimer des livres en arabe dès le XVIIe siècle, mais les mêmes ne le seront dans l’Empire ottoman que deux siècles plus tard. L’Islam est resté jusqu’à la fin du XVIIIe siècle dans une culture du manuscrit. Seuls sont recopiés les textes considérés comme importants et le savoir est réservé à une élite. L’Islam chiite va continuer à produire de grands penseurs, notamment du XVIe au XVIIIe siècle, mais, du fait de cette culture du manuscrit, ils sont peu connus. Même si des orientalistes les ont étudiés, ils ne font pas partie de notre généalogie intellectuelle.

Ce retard technique explique-t-il l’absence d’une véritable lecture critique des textes religieux ?

D’une certaine manière, oui. L’imprimé, parce qu’il permet la production de masse, favorise la comparaison et la critique. Au début du XXe siècle, durant ses études à Qom, en Iran, le futur imam Khomeyni s’imprégnera de la lecture des néo-platoniciens grecs, en particulier le pseudo-Aristote : des textes dont l’Occident savait depuis des lustres qu’ils avaient été faussement attribués à Aristote… Les Iraniens utilisaient une tradition manuscrite qui ignorait les travaux européens depuis la Renaissance.

Pourtant, au XIXe siècle, et principalement en Egypte, l’Islam a connu une véritable révolution intellectuelle avec la « Nahda », la « renaissance », ce mouvement réformateur qui suit la conquête coloniale…

C’est alors justement que la société islamique bascule dans l’imprimé. On redécouvre le patrimoine intellectuel, on imprime les grands classiques, Averroès, Avicenne, Ibn Arabi… On adapte les acquis de la culture européenne en fonction de l’héritage intellectuel musulman. Mais c’est aussi à partir de là que certains veulent réformer l’islam pour revenir à l’esprit des anciens, et non à la lettre. Ce mouvement dit salafiste va s’inspirer du modèle de la réforme protestante.

Pourquoi ?

Le protestantisme est plus proche de l’islam que le catholicisme. Au XVIe, d’ailleurs, les catholiques traitent le protestantisme de « turco-calvinismus », du fait de son iconophobie. L’une et l’autre ne croient pas en la sacralité des prêtres : le pasteur comme l’ouléma n’est qu’un maître en science religieuse. Ils ont aussi une approche très libérale de l’argent et n’ont rien contre le commerce. Il faut se réaliser sur terre. Des études montrent ainsi que les téléprédicateurs égyptiens ne sont pas très différents des téléprédicateurs protestants américains.

Et avec les nouveaux médias les musulmans peuvent aussi se passer des exégètes…

Oui, chacun peut prendre un Coran et dire ce qu’il veut. Mais les médias de masse sont arrivés en Islam dans des pays où beaucoup étaient encore peu ou pas alphabétisés : l’exégèse a décliné et l’approche littéraliste, brute de décoffrage, s’est développée. Un musulman « littéraliste » comme un islamophobe peuvent avoir la même approche. L’un justifiera la guerre sainte au nom du Coran, l’autre rejettera l’islam à cause d’elle…

Péché d’ignorance…

De fait, on connaît mieux en France l’islam que le christianisme. Le niveau de culture chrétienne de l’étudiant standard en France est quasi nul, de sorte que notre patrimoine occidental n’est plus lisible. C’est d’ailleurs cela qui nous gêne dans l’islam : il existe ! Les Européens qui ont l’impression d’avoir rendu la religion inoffensive ont face à eux un islam qu’ils ressentent comme étant encore à l’état sauvage.

Le traitement de la femme n’incite pas à parler de civilisation…

Le champ de bataille religieux est toujours le corps féminin. Si l’Occident peut se permettre de dévoiler ses femmes, c’est parce qu’elles ont justement domestiqué la religion. Si les bonnes catholiques vont à la messe, elles n’admettent pas que le pape leur interdise l’usage de la pilule. Mais, en Islam, les premières à défendre le voile, ce sont généralement les filles. Il existe une relation complexe au niveau anthropologique entre le religieux et le féminin. Le judaïsme orthodoxe a ainsi le même rapport à la femme que l’islam orthodoxe, et rappelez-vous Tartuffe…

Vous relativisez beaucoup…

C’est essentiel. Le discours sur l’islam est confus, parce que sa réalité est complexe. Pour les religieux et les autorités administratives, il n’est qu’un Islam, unique partout dans le monde, mais il existe une différence considérable entre un musulman arabe, africain ou européen. On ne peut réduire les sociétés musulmanes à l’islamisme politique qui s’est développé depuis la révolution iranienne de 1979. Des djihadistes façon Ben Laden sont des nihilistes dont le niveau de culture islamique est à peu près égal à zéro. Il faut relativiser. Dans les années 70, mes maîtres croyaient dur comme fer que le croyant cédait la place au citoyen. Et est arrivée la révolution islamique ! Ne faisons pas la même erreur en voyant définitivement des islamistes partout.


mar 24 2010

Une solution au fort taux d’abstention ?

Bien que les réseaux sociaux aient été activés pendant cette dernière campagne. Ils demeurent encore très « réservés ».

L’expérience allemande du site Abgeordnetenwatch, initialement lancé à Hambourg, a été étendue à l’échelle nationale et connait un franc succès auprès aussi bien des internautes que des candidats qui peuvent alors interagir facilement. Les chiffres en témoignent : sur plus de 150 000 questions, les internautes ont obtenus plus de 100 000 réponses, et certains politiques enjoignent même les électeurs à poser leurs questions sur ce site.

Est-ce que cela peut participer à réduire l’abstention ?

En tous les cas, le candidat (si tout se passe bien pour lui, l’élu) devient plus accessible et les électeurs en sont contents.

Pour en savoir plus : http://owni.fr/2010/03/22/data-et-deputes-le-modele-allemand/


mar 23 2010

En 25 ans le taux d’abstention a été multiplié par 2

Nous sommes fiers en France de notre système démocratique, est-ce que les abstentionnistes y participent ? Oui, puisqu’ils ont le droit de ne pas voter. Donc on peut dire que ceux qui se sont abstenus dimanche ont participé massivement au scrutin des régionales, mais qui ont-ils donc choisi pour voter les impôts qu’ils vont payer ou le barème des aides qu’ils vont percevoir ?

En 2009, lors des élections européennes les titres étaient « une abstention record » et tout de suite l’excuse venait : « l’Europe est si loin ».

En mars 2010, les mêmes titres, mais la région est-elle aussi loin que Bruxelles ? Une constatation, dans les deux situations, le Lot-et-Garonne a bien tenu le choc.

Au-delà de la tristesse de la désaffection des urnes, se pose les questions :

- Nos élus, maintenant qui représentent-ils ?

- Que signifierait un vote obligatoire ou incitatif ?


mar 18 2009

Quelle mission s’est donc fixée le Pape?

Quelle mission s’est donc fixée le Pape? Pourquoi ses déclarations sont-elles ressenties comme des provocations pour les chrétiens catholiques? Tenter une réconciliation par le pardon des évêques, oui! mais ne pas excommunier celui qui professe le négationnisme, celui qui a publiquement nié les atrocités perpétuées à l’encontre de ceux qui étaient coupables de n’être que différents, c’est incompréhensible!
Et puis, nous revoici confrontés à une incompréhension tout aussi terrible après ses déclarations en Afrique.

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Lorsque qu’en 2003 j’ai eu à traiter le sujet de la prévention du Sida pour le CESR, j’ai rencontré, entendu, un grand nombre de personnes. La somme de leurs compétences et de leurs expériences m’ont amené à conclure que la seule prévention demeurait le préservatif.
J’ai rencontré des hommes et des femmes de foi qui accompagnaient la souffrance des malades et de leurs proches.
Comment le pape peut-il exprimer publiquement que l’usage du préservatif doit être condamné au nom de la foi? C’est nier touts les efforts d’éducation de prévention pour convaincre les jeunes et moins jeunes africains que le préservatif est la seule garantie pour tenter d’endiguer ce fléau mortel qu’est le sida. Pourquoi ruiner tous les efforts des campagnes d’information sur le préservatif? Ceux qui les conduisent ont dû construire la confiance, faire tomber la peur, donner le courage de dire non, pour que des vies soient sauvées .
Et, de tels propos c’est aussi ouvrir la voie aux superstitions qui promettent la guérison.
Ma foi chrétienne ne se reconnaît pas dans ces propos du Pape. Ils ne portent pas le pardon pour ceux qui souffrent, pas plus que la parole qui éduque plutôt que celle qui condamne, le respect de ce don sacré qu’est la vie.