C’est un fait : la population française vieillit, sous le double effet de la baisse continue de la fécondité depuis le 19ème, et d’une baisse de la mortalité. Depuis presque 20 ans, l’espérance de vie progresse d’un trimestre tous les ans.
En 2030, 20 millions de Français auront plus de 60 ans, et 15 millions moins de 20 ans. La progression la plus spectaculaire s’observe chez les plus de 75 ans (x 3) et les plus de 85 ans (x 4).
Cette tendance est également observée dans l’Union Européenne, dont 17% de la population (la plus âgée du monde) a plus de 65 ans (21,7%, plus de 60 ans en 2004). L’Italie, l’Allemagne et la Grèce ont le plus fort taux de seniors.
Les institutions communautaires intègrent le défi démographique, pensé désormais plus en accompagnement du vieillissement qu’en traitement de la vieillesse, et décliné notamment dans les huit axes du modèle « vieillissement en bonne santé » (healthy ageing). En 1999, 2005, 2006, 2009, des publications, un forum, ont été organisés, et une consultation est lancée pour 2012, année européenne du vieillissement. Les institutions politiques se sont aussi préoccupées du vieillissement : « communes et régions d’Europe » à Malmö en avril 2009 et le Conseil européen des ministres des Affaires Sociales en juin 2009.
Mais, encore plus significatif, dès 2050/60, nous passerons de 4 à 2 actifs (15-64 ans) pour une personne de 65 ans. Conséquence : un accroissement de presque 5 points du pourcentage de PIB des dépenses publiques liées au vieillissement (retraite, santé, soins à domicile).
De manière encore plus significative, le temps de vie sans incapacité va s’accroître. Ainsi, l’âge moyen de l’apparition de la dépendance est estimé à 85 ans.
Une véritable révolution silencieuse se dessine: la fin des trois âges de la vie. Après la jeunesse (éducation-formation), l’âge adulte (la vie active), la retraite ne se réduit pas à l’équation vieillesse = maladie = handicap = dépendance, mais s’ouvre à de nouveaux temps individuels, associatifs et familiaux.
Les 20 ou 30 ans de la vie après le départ en retraite sont progressivement différenciés : 60-75 ans, seniors actifs, 75-85 ans, l’âge des « poly-mini-handicaps » mais en situation d’autonomie, et les plus de 85 ans, qui peuvent être confrontés à la dépendance. La vieillesse ne correspond plus à un public homogène, la progressivité du vieillissement s’observe, y compris dans la manière d’habiter.
C’est pourquoi le champ de l’accompagnement du vieillissement et de la prévention doit absolument être distingué de l’approche traditionnelle sanitaire et sociale de la vieillesse qui est, en terme de protection sociale, classée comme un risque.
Ce domaine de l’accompagnement est celui où notre marge de manœuvre est la plus grande et la moins coûteuse. En 2009, le surcoût pour les comptes publics, d’une admission en maison de retraite est de 1800 € par mois, hors soins.
Une variété de pistes opérationnelles, innovantes et reproductibles a déjà été mise en œuvre, mais de manière encore fragmentée, alors qu’il convient d’apporter une réponse en nombre.
90% des personnes interrogées souhaitent vivre le plus longtemps possible chez elles. Enquêtes et études le confirment (Ipsos, Opinion Way, Giesbert & ass.). La politique de l’habitat doit donc ouvrir la marche, avec ses professionnels, vers les besoins de la population aînée, sachant que 74% des retraités sont propriétaires (pour 58% des français), que jusqu’à 85 ans, 9 personnes sur 10 vivent encore à domicile et seulement un quart des plus de 85 ans vivent en institution.
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