Pouvoir progresser dans l’âge, « bien vieillir » en sécurité, n’est possible que si la fluidité entre les 3 espaces de vie que constitue l’habitat (espace public, espace collectif ou partagé, espace privé-le logement), est organisée, en même temps que la solidarité et la cohésion entre les réseaux et services de proximité.
Une approche transversale, coordonnée, des politiques publiques, notamment entre sanitaire et social (qui nécessite agrément et contribution publique) et habitat (qui veille à l’adaptation des espaces de vie aux besoins générationnels) doit donc être affirmée.
Quand s’estompent les frontières traditionnelles marquant les cycles de la vie, comment adapter le logement, lieu de vie à partir duquel les seniors actifs rayonnent, en un espace confortable aux aménagements sécurisés, financièrement abordable, qui accompagne le vieillissement ?
Les réponses de la politique de l’habitat sont attendues sur plusieurs terrains :
- le chantier de l’adaptation, les domiciles : La production neuve contribue chaque année à 1% du renouvellement du parc de logements… En 2006, seulement 28% des logements ont moins de 25 ans. Quant aux ménages retraités, trois quarts d’entre eux ont emménagé dans leur logement depuis au moins 12 ans. Ils sont peu mobiles. Presque 80% de la population est citadine, tendance confirmée pour les seniors.
L’enjeu de l’adaptation de l’habitat à la démographie se situe donc massivement au sein de l’habitat existant, au cœur des villes, et, avec une complexité accrue, des centres anciens. Pour autant, les logements neufs, conçus dès l’origine pour être adaptés à tous les âges, dans un confort d’usage partagé (design pour tous) constituent la réponse ciblée aux besoins émergents.
- répondre à la fragilité économique des personnes âgées : la fin d’une parenthèse heureuse : La symétrie entre l’allongement de la durée de la vie et l’augmentation des ressources est rompue : en 2005, le niveau de vie moyen des retraités était inférieur de 10% à celui des actifs.
En France, comme dans les Etats Membres de l’U.E, les projections confirment l’écart.
En effet, se profile l’arrivée à l’âge de la retraite de générations qui ont connu la discontinuité de l’emploi. Le taux d’effort financier lié au logement progresse dès l’âge de la retraite. Il est plus visible chez les locataires (dont ceux du parc social), mais la propriété (75% des retraités) n’est plus un rempart contre la pauvreté. La Fondation Abbé Pierre met en évidence que la grande majorité des propriétaires vit au dessous du seuil de pauvreté.
La capacité contributive des personnes âgées à l’adaptation de leur logement est une question qui se pose avec force, y compris pour la seule dépense résiduelle après aide publique.
Aucune piste ne doit être négligée : aménagement du prêt viager hypothécaire, du microcrédit, du financement fléché des services à la personne…
- prévenir les risques liés à la fragilité : Le vieillissement n’est pas une maladie, mais il expose à des risques, ceux des poly-mini-handicaps sensoriels (auditif, visuel) exacerbés par les inadaptations (voie publique ou logement).
Les accidents de la vie courante après 65 ans (des chutes pour 80% d’entre eux), qui se produisent à 62 % à domicile, entraînent presque 10 000 décès annuels mais aussi de nombreuses incapacités qui compromettent le maintien à domicile.
La Grande-Bretagne, en 2008, a mis en place le plan «life time homes» (cf. annexe): l’adaptation du logement y est au cœur de la politique de prévention des risques liés au vieillissement en raison du coût public des conséquences des accidents de la vie courante.
Une approche souple et empirique (voire hors normes) de l’adaptation permet, à coût accessible, d’assurer la pérennité d’un confort de vie abordable (y compris en terme d’énergie), à domicile du plus grand nombre de personnes vieillissantes. La prévention appartient aussi à la politique de l’habitat.
- coordonner les acteurs: de la vieillesse au vieillissement : Ce point est le corollaire du précédent. Tous les professionnels affirment que les niveaux d’adaptation peuvent être différents (un escalier n’est pas rédhibitoire) mais en s’assurant que les principes de prévention soient pris en compte. Pour y parvenir, la diversité des acteurs doit être également représentée dans les instances de concertation, au-delà du monde sanitaire et médico-social.
- valoriser les emplois liés aux nouveaux besoins : Les services de proximité arrivent en seconde position des demandes des seniors (IPSOS) après l’adaptation des logements.
Déjà 1,9 million de personnes travaillent dans les services à la personne. Ce secteur à fort potentiel offre des possibilités aux jeunes et aux jeunes seniors.
Ouvrir, intensifier qualification et professionnalisation sont des objectifs soutenus par les élus territoriaux et les acteurs économiques (notamment artisanat du bâtiment). Cette activité singulière, au croisement des politiques sociale et de l’emploi, où client et prestataire interagissent dans un lien de confiance, en serait confortée.
