S’inspirer des réalisations réussies
De multiples réalisations innovantes et reproductibles sont opérationnelles pour cette génération intermédiaire, ceux qui sont : « plus si jeunes, mais pas si vieux ! ».
Il appartient à la politique publique de l’habitat de valoriser, sécuriser, organiser et s’appuyer sur ces pistes ouvertes par les différents acteurs économiques de la filière pour permettre une offre nouvelle adaptée, neuve ou à partir du bâti.
Des convergences
Des acteurs économiques de la filière conçoivent des logements adaptés, au confort d’usage partagé (design pour tous) pour permettre d’y vieillir, qu’ils soient privés ou bailleurs sociaux (pour un logement abordable). Ils prennent en compte les mêmes éléments.
- L’environnement favorable : L’adaptation du territoire de vie est tout aussi essentielle que celle du logement. Géographes, sociologues (Icade, MSA), médecins (hôpital Broca), collectivités (Conseil Général du Rhône) ont, avec ou sans GPS, observé les déplacements et les lieux fréquentés par les personnes âgées. Les commerces et services de proximité, les transports en commun accessibles, les centres bourgs (avec l’église en milieu rural) et les quartiers urbains équipés conciliaient les préférences. Ces méthodes, à reproduire, permettent de déterminer « où construire » utile.
- Les « groupes cible » : Avec une analyse pragmatique, par une équipe pluridisciplinaire, des capacités et incapacités liées à l’âge, les spécifications techniques sont définies dès le cahier des charges ; celui d’un habitat et d’un environnement adapté mais évolutif (habitat banalisé à proximité d’un EHPAD). Le Professeur Tubiana rappelle que les dix millions de personnes âgées qui se déplacent sans difficulté sur terrain plat, ont simplement besoin d’une rampe d’escalier sûre ou d’une barre d’appui de baignoire : elles ne sont pas handicapées.
- Les paliers d’adaptation : Déterminés grâce aux besoins des « groupes cible », ils se partagent en, logements sains, sûrs et économes, logements accessibles, logements pour tous les âges (design pour tous – cridev), logements adaptables ou évolutifs. Tous les équipements ou aménagements inventoriés lors des auditions (en annexe) sont communs aux acteurs du secteur privé ou aux bailleurs sociaux, pour un coût additionnel allant de 2 500 à 8 000 €.
- Les nouvelles technologies : Au-delà des réticences générationnelles et culturelles, qui vont s’estomper, et de l’image élitiste lié à leur coût, les NTIC (anciennement domotique) sont appelées à prendre une place conséquente dans la chaine du bien vieillir à domicile. Mais seul un soutien au développement de la filière économique permettra d’en diminuer les coûts, et, par là, un accès massif à prix abordable.
D’autres domaines de convergence existent où économie marchande et économie sociale proposent des solutions communes ou même partenariales : promoteurs qui utilisent le démembrement de propriété en confiant l’usufruit à un bailleur social pour des logements adaptés loués en PLS/PLUS, initiative d’un logement conçu design pour tous à Saint Etienne, présenté à la biennale du Design en 2006, désormais loué. L’intégration du design pour tous, au sens de confort partagé, à la politique d’innovation des PME, fait l’objet d’un document de travail de la Commission européenne. En mai 2009, Madame le Ministre du Logement a lancé le programme PUCA « logement design pour tous ».
Adapter, ou déménager ?
Adapter ou déménager : l’évaluation rapporte le coût social au bénéfice social.
Outre que les personnes âgées ne souhaitent pas changer de logement, les encourager à aller vers un habitat spécifique suppose l’existence d’une offre adaptée y compris financièrement, ce qui n’est pas encore le cas, notamment en zone tendue.
Bon nombre de logements existants disposent d’atouts essentiels (adaptabilité) pour y vieillir confortablement. L’enjeu est de déterminer le besoin via les réseaux de proximité associatifs ou professionnels (Familles Rurales, MSA, PACT…), diagnostiquer (des petits travaux à l’aménagement), solliciter les financements (Anah – caisses de retraite…), confier l’intervention à des professionnels avisés (label Capeb…).
Les conditions pour déployer les adaptations :
- Sensibiliser les personnes âgées, leur entourage, l’opinion publique, les élus locaux, les acteurs de terrain au confort dans la sécurité de l’usage du logement : sols non glissants, douche à siphon de sol, volets électriques, chemin lumineux, sonnette auditive et visuelle… ;
- Montrer les adaptations réalisées en situation dans un logement (show room, logement témoin) pour donner corps aux possibilités, mais surtout vaincre la réticence liée à l’imaginaire d’un environnement hospitalier.
L’adaptation à grande échelle du parc privé est rendue difficile par la multiplicité des acteurs (notamment en copropriété) et le manque d’interlocuteurs opérationnels et décisionnaires. Le concours des collectivités locales est essentiel par les outils de détection et d’incitation à l’amélioration de l’habitat (P.I.G. thématiques, etc.).
L’adaptation du parc social : Le mouvement est engagé. Les bailleurs sociaux, dotés de compétences techniques internes et d’outils d’évaluation du patrimoine, élaborent leurs diagnostics, programment les chantiers de réhabilitation ou d’adaptation, suivent l’évolution de leurs locataires avec qui ils ont un lien continu. Rompus aux partenariats, les bailleurs sociaux ont mis en place des services (intégrés ou partagés) ou encore un label habitat senior.
L’offre nouvelle par production neuve ou traitement du parc existant, pour répondre au défi du vieillissement passe par l’adaptation des territoires de vie.
La question du vieillissement est évoquée, concertée, lors de l’élaboration des documents d’urbanisme, mais y est peu traduite concrètement. Il est intéressant de noter des concertations suivies d’effet : les PLH à Nancy ou Longwy, le PDU à Grenoble, ou le SCoT à Dunkerque, la ville du Havre…
Les collectivités ont un rôle fédérateur pour formaliser, au travers des documents d’urbanisme, une politique d’aménagement du vieillissement des territoires de vie eux-mêmes, assortis d’outils d’évaluation.
Organiser services et réseaux
Avec l’adaptation possible du bâti et des espaces, il convient d’aborder l’organisation des services et des réseaux de proximité, au travers :
- des NTIC, avec les programmes européens (bien vieillir dans la société de l’information 2007), ou français, le projet SIGAAL (CSTB, Icade, CHU de Nice, Agevillage…), le projet IDA (Archipel Habitat à Nantes) ;
- des services intégrés dans l’offre globale de l’habitat, essentiellement mis en œuvre par les bailleurs sociaux : Valophis (Val de Marne) qui a conçu un guide pour le personnel de proximité, la création de structures agréées (Espacil à rennes, Floralys dans le Nord), des animations ciblées (Territoire Habitat à Belfort) ;
- des services proposés en partenariat, et/ou la mobilisation des collectivités, les logements bleus à Nantes, des promoteurs ou constructeurs de maisons individuelles avec les ASSAD ou ADMR ;
- de la mobilisation des réseaux informels : la famille, les voisins (réseau de «voisineurs», «balluchonage»), les personnes ressources (création de pôles de familiarité, notamment autour du gardien).
La solidarité intergénérationnelle constitue-t-elle une offre alternative ?
Mobilisée dans de nombreuses initiatives, notamment associatives, l’habitat partagé fait concorder, par le logement, l’intérêt mutuel de deux générations, à solvabilité fragile, qui s’apportent soutien et service mutuels. La loi Boutin a ouvert l’accueil en habitat partagé aux locataires du parc social. Cependant, le dispositif associatif appelle une sécurisation juridique.
L’habitat intergénérationnel aménagé compte de très nombreuses réalisations au crédit des bailleurs sociaux (Chambéry, Longwy…) regroupés au sein de l’USH en France ou du Cecodhas dans l’Union européenne. Les coopérations avec les collectivités sont fréquentes.
Cependant l’exemple très abouti, structuré et contractuel des réalisations de la ville d’Alicante en Espagne, qui allie la reconquête de quartier et d’habitat insalubre, les intérêts conjoints des personnes âgées et des jeunes qui s’engagent, par contrat, à rendre des services aux habitants de la résidence et du quartier, offre un cadre balisé, reproductible en France.
La solidarité générationnelle, pour les plus fragiles, prend en compte l’habitat des vieux migrants en couplant adaptation du bâti et projet social, dont celui d’Adoma est conséquent.
Ce mouvement d’ampleur s’illustre également par l’habitat partagé entre seniors, dont les premières réalisations se confirment.
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