Une inquiétude liée à la fragilisation de notre modèle de protection sociale
Cette inquiétude est notamment à l’origine du débat sur la durée du temps de travail en France, l’un des plus faibles d’Europe, puisque la durée de la vie active a beaucoup diminué ces trente dernières années.
En effet, depuis le début des années 1980, l’entrée dans la vie active s’est située autour de 18 ans, puis 20 ans en 1989, 22 ans en 1998 etc…, alors que la réorganisation industrielle amenait à des départs anticipés à la retraite. En France, l’âge médian de sortie du travail est 58 ans tandis qu’il est de 64 ans en Suède.
Des situations, encore marginales aujourd’hui, où le temps de la retraite devient supérieur à celui de la vie active, pourraient s’étendre de manière conséquente, à âge moyen constant de cessation d’activité. Une personne commençant à travailler à 22 ans, s’arrêtant à 58 ans, pourrait effectivement vivre au-delà de 94 ans.
Ceci entraînera la diminution du ratio actifs/retraités : en 2060, au lieu de 4 personnes en âge de travailler (15-64 ans) pour une personne de plus de 65 ans, la proportion passera en Europe à deux actifs pour 1 personne de plus de 65 ans. Ceci aura évidemment un fort impact sur l’équilibre budgétaire, à un moment où les dépenses publiques liées au vieillissement (notamment retraites, soins de santé, soins de longue durée) devraient augmenter d’environ 4¾ points de pourcentage du PIB en moyenne pour la même période.1
Le vieillissement de la population ébranle ainsi le pacte social bâti après 1945, fondé lui-même sur le pacte intergénérationnel. Il en découle sans surprise que les deux thèmes les plus prégnants dans la perception de l’opinion publique et dans le discours politique sont la prise en charge de la dépendance et l’emploi des seniors.
Ils tendent pourtant à masquer le champ intermédiaire de l’accompagnement du vieillissement et de la prévention. Or c’est le domaine où notre marge de manœuvre est la plus importante, où les investissements ne seront pas les plus coûteux et où la création d’emplois, notamment pour les jeunes et les jeunes seniors, représente un vaste potentiel. Cet « entre-deux » de la vieillesse est en effet, pour partie, occulté par l’image du jeune senior actif, en excellente forme physique et bénéficiant d’un pouvoir d’achat confortable, et celle de la personne très âgée, dépendante, nécessitant un accompagnement pour les gestes de la vie quotidienne.
1 Source : communication de la Commission européenne « Gérer l’incidence d’une population vieillissante dans l’UE – Rapport 2009 sur le vieillissement » COM (2009) 180 final, 29 avril, p. 3-4
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