F – L’adaptation du logement des vieux migrants
Les « Chibanis » arrivés en France au moment de la reconstruction de son économie, ont atteint l’âge de la retraite. Ceci équivaut, souvent, pour eux, en termes financiers, au minimum vieillesse, qui est une prestation sociale et non une pension de retraite. Ceci vaut pour tous les migrants qui n’ont pas la nationalité française.
Bénéficier d’une prestation sociale signifie justifier d’un domicile en France. Le retour au pays n’est donc pas si simple : le séjour doit être bref pour conserver le logement et les allocations liées.
Par ailleurs, cette population discrète ne peut simplement abandonner un pays auquel elle s’est attachée, la France, pour un pays d’origine souvent totalement transformé.
C’est pourquoi les solutions d’adaptation au sens large de l’habitat des vieux migrants (dont le nombre est conséquent) prennent un sens particulier. Pour être complet, il faut évoquer l’accueil des nouveaux flux migratoires, source de compétences pour l’Union Européenne1.
Situation singulière d’ADOMA : au-delà de l’expérience, une politique.
Fondée en 1956 pour résorber des bidonvilles et accueillir les travailleurs immigrés d’Algérie dans un contexte de grave pénurie de logements sociaux, la SONACOTRA est devenue ADOMA en 2007.
Le contrat d’objectif 2005-2010 passé avec l’Etat vise à adapter le bâti à une population qui vieillit dans les foyers qui sont leur domicile.
38 % des résidents d’ADOMA ont + de 60 ans, essentiellement en Ile-de-France et dans le Sud-est et la population de plus de 70 ans est en forte augmentation.
74 % d’entre eux sont originaires du Maghreb et 18 % d’Afrique Noire. 93 % sont des hommes.
Les résidents ont des ressources modestes et un état de santé fragilisé par des conditions de travail pénibles. Toutes les observations montrent que, même bénéficiaires du minimum vieillesse, ils se privent de tout, y compris de soins, pour continuer à envoyer de l’argent «au pays».
L’expérience de l’adaptation se conduit in situ, de manière progressive, pour briser les freins culturels et psychologiques de l’entre-soi.
Pour adapter les logements, agrandir les surfaces qui demeurent très modestes (7,5 m², 12 m², voire 15 m²) tout en conservant le bâti, une méthode commune aux expérimentations en cours a été mise en place.
Les outils élaborés avec les architectes, ergothérapeutes, compilent les préconisations architecturales et techniques spécifiques pour les personnes âgées : chambres, unités de vie, logements autonomes, mais aussi espaces collectifs intérieurs et extérieurs de la résidence.
Un partenariat élargi (CCAS, CRAM, … gérontologues) a été mis en place, tandis que les personnels ont bénéficié d’une formation spécifique sur le vieillissement.
Les opérations couplent adaptation du bâti et projet social. L’examen des expérimentations successives a permis d’élaborer un guide pour le maintien à domicile des personnes âgées en unité de vie et un mémento spécifique pour les préconisations architecturales et techniques.
On peut citer : les locaux collectifs comme prolongement de l’espace privatif, la question de l’hygiène des lieux, le système d’alerte …
Le traitement des accès est privilégié, de l’espace public vers l’espace collectif et privé.
L’adaptation du logement prévoit du mobilier intégré, une implantation adaptée, des équipements électriques, l’aménagement des sanitaires.
Le coût de l’ensemble est maîtrisé (le mobilier intégré est financé par l’ACSé2, l’adaptation est financée par le FEI3).
L’expérimentation est intéressante à plusieurs titres :
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elle se déroule sur plusieurs années et les interventions sont évolutives, elles se nourrissent des réalisations précédentes,
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elle prévoit des mixités d’aménagement des unités de vie pour les plus fragilisés par l’âge à côté de logements adaptés,
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elle s’inscrit résolument dans un projet social d’accompagnement et de services concertés,
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elle concerne un nombre important de logements, et permet une évaluation significative.
Tout en prenant en compte les particularités de la population résidant dans le patrimoine d’ADOMA, un guide de la démarche (objectifs de montage de projet avec les partenaires, maîtrise des coûts, approche design) devrait être accessible à des opérateurs qui souhaitent entreprendre des adaptations sans avoir un potentiel ressources et développement, comparable.
L’expérience ACTIS, OPH de l’agglomération de Grenoble avec l’Association ODTI.
Au sein d’une résidence sociale de 86 chambres, ouverte à une occupation mixte, une formule d’hébergement hôtelier à 5,5 €/nuit (sans APL4) a été mise en place avec une possibilité de domiciliation postale. L’objectif est de s’adapter aux navettes pays d’accueil/pays d’origine des vieux migrants tout en préservant leur accès aux droits.
Cette solution mixte les occupants et les statuts (location au mois, ou hôtelière, ou foyer soleil).
Le suivi (juridique, prévention santé, …) des personnes âgées est assuré par l’ODTI5, association créée en 1970 pour l’accueil de la main d’œuvre étrangère.
Cette réalisation est issue d’un partenariat entre un territoire, un opérateur HLM et une association qui s’adapte aux modes de vie des vieux migrants.
L’expérience de CILIOPÉE à AGEN.
Au cœur de la Ville d’Agen, des immeubles insalubres étaient habités par des vieux migrants isolés et sans ressource. La collaboration entre la Ville et l’ESH CILIOPÉE Habitat a permis de traiter deux d’entre eux (2007), à l’issue d’une opération RHI6.
L’opération a été réalisée sous la forme juridique de Maison Relais7. Les appartements adaptés ont été conçus en efficacité énergétique ce qui a permis un taux d’effort quasi nul pour la redevance (entre 20 et 50 €/mois, loyer et charges compris) pour 22 m², complètement aménagés.
Ces immeubles voisinent avec d’autres immeubles alentours sortis de l’insalubrité, réalisés par CILIOPÉE Habitat et qui accueillent des familles.
La gestion a été confiée à CILIOPÉE Hermitage. Cette association agréée a ouvert au printemps 2008 une permanence administrative pour l’accompagnement des migrants âgés et isolés de l’agglomération agenaise, animée depuis décembre 2007, par une professionnelle de langue maternelle arabe.
L’action d’accompagnement a été réalisée en partenariat ouvert et avec le soutien de la DDASS, la DDEA8, la Préfecture, la MSA, la Communauté d’Agglomération d’Agen et l’ACsé (Délégation Régionale Aquitaine).
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