Bien qu’il subsiste encore une fracture générationnelle qu’il ne faut pas sous-estimer par rapport à l’usage des TIC1 et NTIC, celles-ci constituent un champ important du bien vieillir à domicile appelé à se développer. Cette fracture ou réticence s’estompera d’une part grâce aux efforts des fabricants qui, en raison du marché des seniors, créent des gammes appropriées (modes opératoires simplifiés, touches plus grosses …) et bien sûr par l’arrivée à l’âge de la retraite de ceux pour qui ce fut un outil de travail par exemple.
La filière économique des télécommunications est une des nouvelles pistes de partenariat à activer avec celles plus traditionnelles des bâtiments, de l’ameublement, de la lumière par exemple.
La Commission européenne a publié le 14 juin 2007 une communication intitulée « Bien vieillir dans la société de l’information », expliquant que les TIC peuvent aider les personnes âgées d’une part, à améliorer leur qualité de vie et à vivre plus longtemps de manière autonome à domicile, et d’autre part à rester socialement actives et créatives par le biais de la communication en réseau et l’accès à distance aux services publics et commerciaux. Les TIC sont des vecteurs de services, de prévention et surtout d’autonomie, notamment par l’interaction qu’elles permettent.
Plusieurs programmes de recherche sont en cours au niveau européen et français.
20 Etats Membres (dont la France avec l’Agence Nationale de la Recherche) participent à un programme de recherche et développement commun avec le soutien financier de l’Union Européenne : le « Ambient Assisted Living Joint Programme » (600 millions d’euros pour 2008-2013). L’objectif est d’encourager l’émergence de produits, services et systèmes innovants basés sur les TIC qui permettent de bien vieillir chez soi, dans la collectivité et au travail. Ce programme est noté pour mémoire, son champ d’approche est vaste et n’est pas encore centré sur la mise en œuvre opérationnelle.
La maîtrise plus répandue de l’outil informatique qui s’annonce permettra de généraliser l’utilisation d’internet comme moyen de communication vers l’extérieur, avec ses proches, vecteur de e-médecine, pour permettre de régler un certain nombre de choses à distance, etc…
Le projet de recherche et développement SIGAAL2 porté par ICADE et associant les compétences de Télécom Bretagne, du CSTB, du CHU de Nice, du spécialiste en téléassistance Mondial Assistance, de l’industriel Delta Dore, du média Agevillage et de PME innovantes telles qu’Iwedia, Dixid et Nexcom, pour un budget de 5,2 millions d’euros sur 3 ans, a pour objectif de développer une plateforme de services directement accessibles depuis le téléviseur des personnes âgées pour faciliter les relations entre les ainés, leur entourage et leur voisinage ainsi que les soignants et les aidants. Une première expérimentation sera menée dans l’opération « Le clos Saint Michel » à Chevilly-Larue (Ile-de-France) dont ICADE est l’aménageur. Les évaluations menées par des sociologues de l’Atelier de Recherche Sociologique (ARS) de Brest et un psychologue de l’université Lyon 2 permettront d’étudier le degré de généralisation de SIGAAL dans de nouveaux programmes de promotion de logements adaptés aux personnes âgées réalisés sur l’ensemble du territoire par ICADE.
A Rennes, dans le projet IDA3, une expérimentation est conduite par une association de maintien à domicile, l’ASSAD4, en lien avec le bailleur social Archipel Habitat. Dans un appartement témoin mis à disposition depuis février 2009 par Archipel Habitat, différents outils et produits proposés par des entreprises sont présentés aux usagers : différentes formules de téléalarme, de télécommande, de poste de télévision et de visiophone, ordinateur aménagé rendant possibles des mails simplifiés, un contact avec le service d’aide à domicile, etc … Ces services sont ensuite validés dans les appartements habités par les personnes âgées. Des analyses d’usage permettent enfin de faire évoluer les produits et les modèles économiques. Les résultats opérationnels sont attendus pour 2010.
Pour ces deux projets (SIGAAL et IDA), nous voyons que les solutions TIC avancées du maintien à domicile sont directement testées en partenariat avec des promoteurs et bailleurs, afin d’être prochainement intégrées en masse dans l’habitat. L’enjeu est de développer des solutions suffisamment simples pour être utilisées par des personnes âgées peu familiarisées avec les nouvelles technologies. Dans le cas de SIGAAL, l’interface choisie est le téléviseur car c’est un outil familier.
Au cœur du site du CSTB, à Sophia Antipolis, le laboratoire de recherche, GERHOME5, développe des produits et des services, basés sur les TIC, capables de détecter de manière anticipée certaines fragilités ou pathologies du vieillissement (l’occupant se lève plus tard depuis une semaine, oublie d’éteindre les plaques de cuisson, n’ouvre plus ses volets…) afin de donner la possibilité aux aidants ou aux soignants d’intervenir en prévention. Contrairement à la téléalarme, les capteurs sont disposés dans le logement, de manière invisible pour ne pas stigmatiser. Stockées dans un boîtier situé dans le logement, les données sont communicables à un tiers (aidants, soignants) pour analyse avec l’accord de la personne âgée. L’objectif poursuivi est de développer des solutions industrielles et déployables dans l’existant. Il s’agit davantage, dans son application, d’une assistance médicale à domicile.
Des personnes âgées volontaires ont reproduit un scénario (préparer un repas etc…) pour tester la technique et donner leurs impressions. Cette solution leur a paru globalement acceptable, dans la mesure où elle permet effectivement de se maintenir à domicile mais « pour plus tard », quand la situation de dépendance se présentera.
Pour une application plus « domestique », il est intéressant de noter que les personnes âgées acceptent plus sereinement une alerte transmise à l’aide des informations rassemblées par les capteurs (ouverture des volets, absence de signal de déplacements, …) que les téléalarmes portatives. En effet, elles ne les portent pas tout le temps, (même si la famille insiste) et pas la nuit, moment où les risques de chute sont importants lors des déplacements au sein de l’appartement.
Attentif à la mission et très réactif, le CSTB a accepté de définir des paliers d’adaptation (annexe 3-8) afin de tenir compte de l’état du logement, des besoins spécifiques des personnes et de leurs ressources financières. Le palier 0 (logement adaptable et ergonomique) concerne l’adaptation du bâti que nous avons décrite plus haut. Les paliers 1 à 4 correspondent à du service qui vient compléter l’aide humaine sans la remplacer. Les coûts des paliers 2 et 3 sont conséquents car ils correspondent déjà à la montée en dépendance (sous-partie II-A – 4).
Cette étude particulière contributive à la mission permet d’avoir un regard moins médicalisé, d’envisager à des coûts abordables, une application plus mesurée donc reproductible, aussi bien en neuf, qu’en adaptation de l’existant.
Les TIC constituent, quand elles sont acceptées et bien utilisées, une sécurité pour les personnes âgées elles-mêmes et une aide précieuse pour les aidants et les soignants. Plus largement, Internet permet aussi aux professionnels, aux aidants et aux personnes âgées de se tenir informés des dernières évolutions dans le domaine du bien vieillir à domicile et d’échanger des bonnes pratiques. Agevillage.com et agevillagepro.com en sont deux exemples, développés plus haut.
Dans ce domaine précisément où les NTIC ont remplacé, en vocabulaire, «la domotique», l’évolution vers un élargissement du marché et par conséquent une baisse des coûts passe par une standardisation des protocoles. L’absence de normes entraîne une insuffisance «d’interopérabilité» entre les équipements des différents fabricants. En 2009 sur 15 groupes leaders intervenants en France, 14 sont des sociétés européennes. Nul doute que dans ce marché appelé à se développer de nouveaux acteurs vont apparaître.
