Le rapport du CAE1 de 2006 intitulé « Vieillissement et territoires en 2030 » rappelle qu’en 2000, les trois quarts des ménages de plus de 60 ans vivant à leur domicile résidaient dans des villes ou dans leur périphérie – ce que l’INSEE désigne comme « espace à dominante urbaine » –, et un quart en zone rurale. Les Français, en vieillissant, ne fuient pas les centres-villes. Ils ont même tendance à s’y installer. La densité de personnes âgées dans les villes moyennes (50 000 à 300 000 habitants) devrait augmenter d’ici à 2030.2
Le premier enjeu est donc urbain et périurbain, particulièrement la question de la liaison centre-périphéries.
Dans une brochure destinée aux élus, « Le Maire, l’architecte et l’habitat individuel » (2007), l’Ordre des Architectes invite à privilégier le développement de la ville sur la ville, c’est-à-dire à intégrer tout projet urbain en priorité dans le périmètre déjà construit du village ou de la ville. Ceci répond aux nouvelles exigences en matière de développement durable et d’aménagement du territoire et correspond par ailleurs aux mouvements observés de la population âgée. « Pour des raisons de santé, de changement de mode de vie, certains seniors vendent leur maison individuelle, devenue trop grande, trop éloignée des voisins et des services ; ils s’installent en centre-ville, dans une petite surface financièrement accessible et d’un entretien aisé et peu onéreux. »3
En 2006, la FNAU4 a lancé une enquête nationale au sein de son réseau pour évaluer la prise en compte du vieillissement dans les documents d’urbanisme et de programmation (SCoT, PLU, PDU, PLH5).
D’une manière générale, la question est évoquée lors de la consultation du PLU mais sa traduction dans le règlement PLU est plus rare. Par ailleurs, le principe du « zonage » rend difficile la création d’espaces mixtes intergénérationnels. Il n’est malheureusement pas fait mention du PADD6, document majeur d’orientation.
Dans les PLH, le sujet est évoqué mais encore trop souvent de manière sectorielle pour répondre aux nécessités des programmations financières. Les réponses sont axées sur la demande des seniors dépendants et le logement adapté plutôt que l’habitat adapté (qui inclut l’accessibilité physique des espaces environnants, la présence de services, de commerces etc.), renvoyé aux schémas gérontologiques départementaux.
Pour remédier à cette situation, l’agence d’urbanisme de Longwy a par exemple développé un « PLU senior » à partir d’enquêtes auprès des seniors qui ont permis de définir des cheminements prioritaires en terme d’accessibilité (voirie, arrêt de bus…) et de réserver des terrains pour accueillir des équipements et des logements adaptés aux besoins des seniors. Il s’agit de déterminer leurs « espaces vécus ».
Dans la brochure « Plan Local d’Urbanisme, 10 thèmes clés pour débattre du projet urbain », l’Ordre des Architectes souligne la nécessité de penser l’accessibilité des espaces résiduels et interstitiels pour assurer la continuité du déplacement.
En matière de PLH, Nancy et Longwy ont répertorié les logements adaptés aux personnes handicapées ou dépendantes à l’intérieur du parc social. Un « atelier de prospective » a été mis en place à Nancy pour définir les besoins des seniors avec l’ensemble des responsables économiques et sociaux concernés.
Concernant les PDU et la mobilité des seniors, l’enquête relève un manque de solutions intermédiaires en matière de transports et la faiblesse des liaisons entre les centres et les périphéries.
L’association Old’up indique les aménagements qui faciliteraient la mobilité des seniors dans l’espace public : planimétrie des trottoirs et des voies d’accès, marches d’accès, passages piétons et bordures de trottoirs avec des revêtements réfléchissants pour la tombée de la nuit, éclairage public adéquat, signalisation de tous les travaux d’entretien sur la voie publique, aménagement des arrêts de transports en commun pour permettre un accès de plain pied, plus de bancs publics et avec dossier etc.
La ville de Grenoble a ainsi recensé dans son PDU le niveau d’accessibilité de toutes les rues et de tous les espaces publics de la ville. Elle a travaillé avec les commerçants et les entreprises pour faire en sorte que, sur le tracé de la troisième ligne du tramway, 90 % des immeubles et des commerces soient accessibles à tous et donc aux seniors.
Enfin, à l’échelle du bassin de vie, le SCoT apparaît comme le document pertinent pour appréhender la problématique du vieillissement de manière transversale sous l’angle de l’habitat, de la mobilité et des services. Or là encore, l’enquête montre que le vieillissement est plus évoqué que réellement pris en compte.
A Dunkerque, l’élaboration du SCoT a permis de fédérer les acteurs sur le long terme et d’articuler les différentes échelles d’intervention. L’agence d’urbanisme a mené une enquête auprès des 55-65 ans sur toutes les thématiques les concernant. Le Conseil général a intégré ces éléments dans son Schéma gérontologique, les communes ont modifié leur offre de services en faveur des seniors, la CRAM a modifié ses critères d’attribution de subvention aux projets locaux, et les agglomérations vont intégrer les résultats de cette enquête dans leurs documents d’urbanisme.
A travers ces exemples et d’autres évoqués précédemment, nous voyons que certaines collectivités – comme la ville de Dunkerque à travers le SCoT, la Ville du Havre à travers sa politique municipale en faveur des personnes âgées (développée plus avant), ou encore le Département du Rhône avec la mise en place d’un schéma intégré et fluide partant du domicile-habitat adapté jusqu’à l’hébergement du grand âge, – intègrent le vieillissement de manière innovante dans leur politique de développement.
Anne-Marie GUILLEMARD (op.cit.) avait noté que la formalisation de la politique vieillesse de 1960 à 1970 avait été le fruit de la rencontre entre les innovateurs locaux et des segments périphériques à l’appareil d’Etat : le « processus d’innovation périphérique ».
Les collectivités jouent un rôle fédérateur pour mobiliser les acteurs du territoire autour d’un projet commun.
La transversalité et l’efficacité de l’action seront garanties par :
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une sensibilisation de tous les acteurs au sujet du vieillissement,
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un diagnostic partagé des besoins et des réponses à apporter,
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la transcription de ces réponses dans les différents programmes, schémas et documents pertinents,
et surtout la mise en place d’outils de suivi et d’évaluation des évolutions du territoire et l’ajustement des réponses.
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