4)Les paliers d’adaptation

    Quel logement permettra de satisfaire les besoins du plus grand nombre de personnes âgées vieillissantes ?

    Dans les échanges lors des auditions, a émergé comme une évidence, à travers la question de la cible, celle des paliers d’adaptation et de l’évolutivité du logement.

    Quatre paliers peuvent être distingués :

    Palier 1 : Des « logements sains, sûrs et économes »1

    Avant toute chose, et ceci ne concerne évidemment pas uniquement l’habitat des personnes âgées, les logements doivent être sains et sûrs, c’est-à-dire répondre aux normes de sécurité (système électrique, incendie, catastrophe naturelle…) et ne pas présenter de risque majeur pour la santé de leurs habitants (saturnisme, qualité de l’air intérieur etc.). Si ces conditions de base sont respectées par toutes les constructions neuves, les rappeler est essentiel quand il s’agit de traiter les logements existants inconfortables ou insalubres, encore nombreux comme le rappelle la Fondation Abbé Pierre.

    « Econome » renvoie tant au coût de la construction qu’au coût de fonctionnement (entretien, facture énergétique…). Cette condition est fondamentale au regard de la fragilisation actuelle et à venir de la situation financière des personnes âgées. De nombreux interlocuteurs (PACT, filière électrique…) ont d’ailleurs insisté sur la complémentarité des travaux d’accessibilité et d’efficacité énergétique.

    Palier 2 : Des logements accessibles

    Un logement accessible permet la circulation dans le logement et l’accès aux pièces de « l’unité de vie » (cuisine, salle d’eau, toilettes, chambre) de manière aisée. C’est désormais la règle posée d’accessibilité, rendue obligatoire dans les cadres fixés par la loi de 2005 pour tous les bâtiments d’habitation privatifs. Portes larges, pièces de l’unité de vie de plain pied etc. facilitent la mobilité des personnes en fauteuil roulant aussi bien que des personnes âgées se déplaçant difficilement ou au moyen d’une canne.

    Il convient cependant de rappeler que vieillissement et handicap ne requièrent pas nécessairement les mêmes adaptations. Le CSTB2 souligne que techniquement le besoin n’est pas le même. Les personnes âgées n’ont pas la même autonomie, pas la même force.

    Dès lors l’adaptation des logements ne saurait se limiter à une stricte application des normes d’accessibilité. D’autres éléments doivent être pris en compte : placer les toilettes à proximité de la chambre pour éviter des déplacements trop longs la nuit, prévoir des sols antidérapants, permettre l’ouverture et la fermeture facile des portes et des fenêtres….

    Palier 3 : Des logements pour tous les âges

    Au-delà de l’accessibilité, il s’agit de réaliser des logements et des équipements aisément utilisables par les personnes âgées et qui représentent un confort d’usage supplémentaire pour d’autres utilisateurs (jeunes ménages avec enfants…).

    Illustrations :

    « Lorsque vous actionnez le robinet mitigeur avec le coude car vous avez les mains pleines de shampooing, vous profitez du même confort que votre tante qui souffre d’arthrite rhumatoïde des doigts, (…) lorsque vous promenez vos enfants ou petits-enfants en poussette vous appréciez les aménagements de la voirie réalisés pour les personnes en fauteuil roulant, lorsque vous déménagez votre armoire vous bénissez celui qui a prévu une porte de 90 cm (…) ».3

    Nous savons bien que les personnes vieillissantes ne sont pas spontanément demandeuses d’adaptations (même si c’est une priorité mais … pour les autres, du même âge). Quand elles correspondent à un usage et un goût partagés par les plus jeunes, les familiers, les enfants et petits enfants, elles deviennent plus facilement acceptables. Ainsi, la personne âgée reste dans « son époque » et conforme à l’image du senior actif.

    « Ma vue a beaucoup baissé, alors pour mieux me repérer et voir les obstacles dans ma maison, j’ai choisi les sols et les murs des couloirs avec des couleurs contrastées : orangé, violet, jaune … Mes arrières petits-enfants m’ont même dit que j’étais branchée !»4.

    Ceci correspond à la démarche de « design pour tous », née aux Etats-Unis en 1991 sous le nom de « Universal design » et qui connaît un certain succès en Europe.

    Cette démarche, qui se décline dans l’habitat tant pour l’ameublement que l’équipement électroménager, électrique ou encore la configuration de l’espace, est encore relativement peu développée en France.5 Les réticences peuvent s’expliquer par une mauvaise compréhension du mot « design ». Ce terme évoque pour beaucoup une recherche de l’esthétique et de l’épuration des lignes, à coût élevé.

    Il importe ici de rappeler que dans la démarche « design pour tous », l’esthétique n’est pas érigé en objectif en soi, mais bien comme un moyen au service d’une fin : la possibilité et la facilité de l’usage par tous. L’esthétique intervient notamment pour faire accepter plus facilement les adaptations, en rendant désirable ce qui pourrait autrement être perçu comme stigmatisant.

    «Le Design pour tous vise à concevoir, à développer et à mettre sur le marché des produits, des services, des systèmes ou des environnements courants, qui soient accessibles et utilisables par le plus large éventail possible d’usagers»6. C’est le sens donné par le document de travail de la DG Entreprise de l’Union européenne qui veut évaluer quelle politique et quel marché d’innovation une telle démarche représente pour les PME.

    Le travail sur le sensoriel, le sensible, la perception, devient alors, plus subtilement, partie intégrante de la conception. Plusieurs promoteurs et bailleurs ont par exemple mené une réflexion sur les couleurs adaptées aux logements et parties communes. ICADE s’est notamment inspiré de réalisations en EHPAD. Pour l’appartement design pour tous7 réalisé à St-Etienne dans le cadre de la Biennale du Design 2006, une coloriste a effectué le parcours avec une personne malvoyante afin d’adapter le jeu de couleurs et de créer un environnement sécurisant et apaisant.

    Comme le rappelle Régis HERBIN, Directeur du CRIDEV (op cit), travailler les environnements à partir de l’usage et de la perception ne représente pas un luxe pour beaucoup de personnes âgées, mais bien une condition indispensable pour permettre leur maintien à domicile en toute sécurité.

    Les produits, services, systèmes et environnements ainsi proposés doivent être abordables financièrement, objectif qui peut effectivement être atteint si les filières sont organisées et si le coût de recherche et d’innovation est amorti par un déploiement sur un nombre significatif d’opérations.

    Le programme « Logement design pour tous » lancé par Madame le Ministre du Logement le 4 mai 2009, confiée au PUCA vise à fédérer les acteurs du design et du logement autour de la question de l’habitat et de son adaptation aux évolutions démographiques et sociologiques modernes. Plusieurs ateliers sont prévus : « vieillissement de la population et logement des seniors », « modes de vie et logements des jeunes », « accessibilité et espaces intérieurs », et enfin « logement numérique ». Ils permettront de faire progresser la réflexion et d’expérimenter des solutions (appel à candidature auprès des maîtres d’ouvrage), mais surtout d’amorcer un mouvement qui se poursuivra au-delà du programme. Ce pourrait être un catalyseur du développement de l’approche design pour tous dans l’habitat en France.

    Les filières industrielles de l’ameublement (annexe 3 – 16), de l’éclairage (annexe 3-15), des équipements électriques et électroménagers se sont, quant à elles, organisées depuis un certain nombre d’années déjà pour mutualiser les ressources de recherche et de développement au sein de centres de recherche et d’innovation.

    En se déployant, l’approche « design pour tous » permettrait de promouvoir un confort partagé dans les logements tout en répondant à la question spécifique du vieillissement démographique.

    Palier 4 : Des logements adaptables

    Au-delà du confort et de l’usage partagés par le plus grand nombre, certains aménagements plus spécifiques peuvent devenir nécessaires pour que le logement soit adapté à la personne qui y habite. Dans une vision du logement à long terme, l’enjeu est de permettre la réversibilité à moindre frais de ces adaptations, pour accueillir, quand la situation se présentera, un nouvel occupant.

    Les professionnels de l’habitat qui se sont mobilisés sur le « marché de l’évolution démographique » réfléchissent de plus en plus en termes d’adaptabilité et d’évolutivité du logement. Un logement adaptable sera un logement conçu en pensant aux besoins spécifiques que pourront avoir ses divers utilisateurs pour accomplir leurs activités essentielles avec un maximum de confort et de sécurité. Il prévoit donc les éléments (pré câblage, voire cloisons mobiles, les meubles de cuisine sur les murs porteurs, …) qui permettront de faire si nécessaire ces adaptations puis désadaptations grâce à des travaux simples et peu coûteux.

    1 Selon les objectifs de l’ANAH
    2 Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (annexe 3-8)
    3 Ce sont les commentaires affichés dans le logement design pour tous de la biennale du design 2006.

    4 Guide MSA « Un habitat facile à vivre »

    5 La Cité du Design de St-Etienne a été en 2007 la première et unique institution française à rejoindre le réseau européen « Design for All » (Design pour tous).
    6 Définition « européenne », source de marché d’innovation pour les PME
    7 Ce projet est le résultat d’un partenariat entre la DDE de la Loire (maître d’ouvrage), le Call Pact (qui a mis à disposition un de ses appartements en rénovation), le Pôle des Technologies Médicales de Saint-Etienne, un consultant, Bernard Laroche, ainsi que des industriels (lumière, télécommunications…).

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