2)La prise en compte des besoins d’un nouveau public : les personnes vieillissantes

Sortie de la question de l’hébergement, l’adaptation au vieillissement représente un champ nouveau pour l’habitat et ses acteurs. Ceci explique que les phases d’exploration, voire de recherche et développement, constituent actuellement une part importante des programmes d’adaptation. Elles portent plus particulièrement sur l’analyse et la prise en compte des besoins des personnes vieillissantes, public qui concernait auparavant essentiellement les acteurs de la santé et du social.

Une bonne connaissance des capacités et incapacités des personnes âgées permet de définir les spécifications techniques dès le cahier des charges. Mais, attention aux fausses bonnes idées qui se révèleraient être sources de risques plus grands.

Il est intéressant de noter les propos de Maurice TUBIANA, Président de Old’up.1 « Les besoins du million de personnes qui circulent en fauteuil roulant sont très différents de ceux des dix millions de personnes vieillissantes qui se déplacent sans difficulté sur un terrain plat, mais hésitent à descendre un escalier sans rampe ou ont du mal à entrer ou sortir d’une baignoire sans barre d’appui, toutes difficultés solubles à peu de frais ».

La Directrice Générale de VIVALIB, qui a développé un programme privé d’habitats évolutifs, insiste sur l’importance de cette phase de recherche et d’exploration pour déterminer les aménagements « vraiment adaptés ». L’idée de mettre un chemin lumineux entre la chambre et les toilettes pour que les personnes âgées puissent se diriger sans risque de chute quand elles se lèvent la nuit est intéressante, à condition que les points lumineux ne soient pas au sol, disent les gérontologues sollicités. Les personnes essaient de les enjamber par réflexe, et risquent de chuter. Elles doivent en conséquence se situer de préférence à quelques dizaines de centimètres du sol, le long des murs qui conduisent de la chambre aux toilettes. Cette approche a été confirmée par le CRIDEV, le CNH2 et sa mise en œuvre s’insère dans la perspective « design pour tous ».

La collaboration active, en amont avec les spécialistes est un gage d’efficacité.

Le groupe de travail réuni par le Conseil Général du Rhône pour mettre au point un cahier des charges de logements adaptés aux personnes dépendantes a bénéficié du concours d’ergothérapeutes et de gérontologues. De même, des promoteurs ou bailleurs tels ICADE et ADOMA ont intégré des spécialistes du vieillissement dans leurs équipes.

La consultation des personnes âgées par le biais d’enquêtes est aussi fréquente pour cerner, au plus près de la réalité vécue du quotidien, les difficultés et les attentes de ce public.

Pour mettre au point son label HSS3, le réseau de S.A. d’HLM DELPHIS a lancé en 2005 une enquête auprès de 400 personnes âgées réparties sur 4 sites en France. Les questions à choix multiples portaient notamment sur les points suivants :

  • les équipements gênants du logement : « êtes-vous gêné(e) par l’utilisation de certains équipements dans votre logement ? : la hauteur des prises électriques ; le nombre de prises électriques ; l’ouverture ou la fermeture des fenêtres ; (…) ; la hauteur de l’évier de la cuisine ; la baignoire ; la douche (…). »

  • les équipements utiles : « Parmi les équipements suivants, lesquels vous seraient utiles dans la vie de tous les jours ? (très utile, plutôt utile, plutôt pas utile, pas utile du tout, je l’ai déjà) : une douche à la place de la baignoire ; une robinetterie plus facile à manipuler ; une chaîne pour entrebâiller la porte ; (…). »

  • les obstacles dans l’immeuble : « Quelles difficultés ou quels obstacles rencontrez-vous dans votre immeuble ? : l’interphone, le poids/l’ouverture de la porte d’entrée de l’immeuble ; l’accès aux boîtes aux lettres (…). »

  • les obstacles à proximité de l’immeuble : « Etes-vous gêné(e) pour vous déplacer à proximité de votre immeuble ? Oui/Non ; Si oui, pourquoi ? : voirie, chemins ou trottoirs en mauvais état ; absence de bancs pour se reposer ; (…). »

Selon une approche par la qualité d’usage, le bureau d’études CRIDEV a dressé pour chaque type d’espace (espace intime de la chambre et des sanitaires, espace privé du logement, espace semi-privé des paliers d’étage, espaces collectifs de l’immeuble, abords de l’immeuble, espaces urbains de proximité) une première liste des besoins et usages à satisfaire pour les personnes âgées vieillissant à domicile. La liste détaillée est reproduite à l’annexe 2-2. Elle peut alors servir de référentiel pour déterminer les adaptations techniques à réaliser.

La consultation des personnes âgées peut aller jusqu’à une participation directe à l’élaboration du cahier des charges, comme ce fut le cas pour le Hameau du Béarn à Longwy (ESH4 BATIGERE). Cette méthode a été choisie pour une double raison : d’une part, afin de définir les aménagements et équipements répondant au plus près aux besoins des personnes âgées, et d’autre part afin qu’elles s’approprient par anticipation ces équipements. L’enjeu était en effet de surmonter la réticence de ces personnes à quitter leur logement inadapté et inadaptable pour des logements neufs adaptés. Les personnes âgées constituées en panel pour le projet ont été amenées à réfléchir aux difficultés actuelles de vie dans leur logement, à leurs attentes et besoins d’usage. Ces éléments ont ensuite été traduits en schémas et équipements. Après arbitrage du bailleur, notamment pour les contraintes financières, un architecte en a dessiné les plans définitifs.

1 Exposé devant l’Académie des Sciences et de Médecine 2009
2 Conseil National du Handicap
3 Habitat Senior Services
4 Entreprise Sociale pour l’Habitat
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