1)Les environnements favorables

En aspirant majoritairement à se maintenir à domicile le plus longtemps possible, les personnes âgées expriment avant tout le souhait d’une existence qui se poursuit sans rupture, d’un vieillissement vécu comme processus banalisé, sans l’arrachement d’un départ en hébergement ou le retrait du monde dans un espace désormais isolé.1

Dès lors, l’adaptation du territoire de vie est tout aussi essentielle que l’adaptation du logement.

Nous avions évoqué en introduction la nécessité de prévoir une fluidité des déplacements entre les trois espaces de vie : privé (logement), collectif (immeuble), et public (voirie). Cette accessibilité, déclinée jusque dans l’espace public, est une condition nécessaire pour un déplacement autonome dans le quartier, dans la ville, dans son environnement proche, mais insuffisante pour déclencher un tel déplacement. Quels facteurs inciteront les personnes âgées à sortir de chez elles et ainsi à continuer de participer à la vie du quartier, de la Cité ?

Dans le cadre d’une réflexion conjointe2 sur l’adaptation des documents d’urbanisme et de planification au vieillissement de la population, ICADE3 a réalisé entre fin septembre et fin octobre 2008 une expérimentation visant à déterminer les critères caractérisant les environnements favorables à une bonne qualité de vie des personnes âgées, au-delà de l’accessibilité des lieux publics.

Dans un premier temps, des entretiens semi-directifs ont été conduits auprès de femmes seules âgées de plus de 80 ans du 8ème arrondissement de Lyon afin de classer par ordre de priorité4 trois critères principaux : la présence de commerces et services, la présence de transports en commun et la présence d’espaces publics (parcs, squares et places publiques), chacun de ces critères comprenant une série de sous-critères. Au terme de l’analyse, l’importance des « commerces de proximité » est clairement apparue devant les « transports en commun » puis les « espaces publics de qualité ». Parmi les transports en commun, le bus était préféré au tramway, lui-même préféré au métro. Sur la base de ces résultats, une cartographie a été établie, faisant apparaître quatre catégories d’environnements : favorable, moyennement favorable, peu favorable, défavorable.

Dans un second temps, afin de vérifier si les préférences exprimées correspondaient aux usages, une expérimentation a été conduite avec les habitantes (femmes seules de plus de 80 ans) de deux résidences du 8ème arrondissement de Lyon, l’une située dans un environnement « favorable » et l’autre dans un environnement « peu favorable » au vu de la carte établie précédemment.

Pendant une semaine, elles ont porté un traceur GPS lors de chaque sortie. Les résultats montrent que celles du premier ensemble sont sorties plus souvent que les secondes et à 75 % dans un rayon de moins de 500 m. Les personnes du second ensemble ont parcouru à pied des distances plus grandes (plus de 700 m) et ont eu plus tendance à se rendre dans le quartier commerçant le plus proche par les transports en commun. Elles ont par ailleurs eu moins d’interlocuteurs au cours de la semaine que les premières.

Cette expérimentation a permis de classer les lieux selon le nombre de visites. Dans l’ordre décroissant, nous avons pour les 4 « premières places » : la boulangerie (18,93 %), le marché (13,99 %), la pharmacie (11,11 %) et la presse (10,69 %).

Dans le même ordre d’idée, la MSA a noté que les lieux de culte (église) figurent parmi les « services » de proximité de l’habitat souhaités par les personnes âgées en milieu rural.

Il en va de même pour l’expérience menée par 15 volontaires de plus de 75 ans de l’Association Old’up pour le compte de l’Hôpital Broca (A.P. Hôpitaux de Paris). Ils ont été le sujet d’une observation fine de leurs déplacements dans le cadre d’une recherche sur la prévention des chutes.

Pour toutes ces études, l’environnement favorable à une bonne qualité de vie des personnes âgées correspond plutôt aux centres-bourgs ou quartiers urbains riches en commerces de proximité.

La localisation en centre-bourg est ainsi, pour le Conseil Général du Rhône, une des conditions pour l’implantation des nouveaux logements adaptés aux personnes âgées dépendantes qu’il conçoit en partenariat avec les Caisses de retraite, la FRC5 et la FRB6. Ils seront insérés de manière diffuse, mais représentent 20% des logements nouveaux afin de respecter le quartier et les habitudes.

Les concepteurs des « Quartiers de seniors », résidences de maisons individuelles adaptées au handicap et à la dépendance en milieu rural, expliquent :

« Nous avons constaté que notre concept s’intègre parfaitement, aujourd’hui, dans les communes rurales de 1000 à 5000 habitants, mais que la demande évolue d’ores et déjà vers des zones situées à +/-25 kms des agglomérations urbaines (5 à 50 000 habitants), futurs pôles de développement des 25 prochaines années. »

Les communes où les « Quartiers » sont implantés, sont choisies à partir d’une grille de plus de 150 critères, la présence de commerces et d’au moins un médecin âgé de moins de 55 ans étant déterminante. Les résidences attirent ainsi un certain nombre de personnes âgées contraintes de quitter un domicile inadapté mais surtout issues de villages non équipés, où la vie sociale et commerciale se tarit.

D’autres promoteurs comme ICADE Solidarité Patrimoine et VIVALIB inscrivent la proximité d’un EHPAD7 sur la liste des critères, afin d’assurer la fluidité du parcours de vie des seniors. Les personnes âgées qui le souhaitent ou le nécessitent peuvent de ce fait s’y rendre de jour pour des soins ou simplement pour un repas. Quand elles ne peuvent plus se maintenir à domicile, elles ont alors la possibilité de s’installer dans un hébergement connu, situé dans le même quartier, et donc avec la possibilité de garder les mêmes contacts sociaux.

Lorsque de tels équipements, commerces ou services, n’existent pas sur le territoire, il convient alors de les prévoir et de les organiser dans le cadre d’un projet d’urbanisme en lien avec les collectivités locales. Cette question sera plus spécifiquement abordée dans la partie « Adaptation des territoires de vie ».

ICADE/Solidarité Patrimoine a, par exemple, lancé un quartier expérimental de 280 logements à Chevilly-Larue (région parisienne) répartis en 5 programmes, avec notamment 129 logements sociaux (financement PLUS8, PLAI9, accession sociale et logements dédiés), 42 logements en locatif libre, des commerces et une maison médicale. Les habitants âgés des 12 logements adaptés qui seront construits bénéficieront donc de cette proximité.

1 Dans l’étude (juillet 2009) de l’observation Altana – Opinion Way du consom’acteur, les sondés disent à la fois que leur logement compte de plus en plus (62 %) et qu’ils souhaitent y passer plus de temps (63 %) en privilégiant l’esthétique intérieure. Ce point de vue est confirmé par le sondage pour la Fédération Hospitalière de France de janvier 2007 : presque 50 % des Français ont une opinion défavorable des maisons de retraite
2 Avec l’Agence d’Urbanisme de Lyon, la ville de Lyon, les universités Lyon 2 (psychologie), et Lyon 3 (aménagement)
3 Filiale Caisse des Dépôts et Consignations
4 A l’aide de la Méthode Hiérarchique Multicritère (MHM) de Saaty (1980)
5 Fédération Régionale des Constructeurs
6 Fédération Régionale du Bâtiment
7 Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes
8 Prêt Locatif à Usage Social
9 Prêt Locatif Aidé d’Intégration
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