Ni dogme, ni fin en soi, vieillir à domicile s’inscrit dans une perspective globale.
Pourtant, les politiques publiques de la vieillesse sont encore très marquées par une conception médicale centrée sur le handicap ou la perte d’autonomie presque comme des synonymes. En conséquence, elles sont trop peu coordonnées et pas assez préventives.
Pourtant, désormais, un ensemble de discours converge : les Associations de personnes âgées, la CNAVTS1, la Fondation Abbé Pierre, les gérontologues, répètent à l’envi… « vieillissement n’est pas maladie ».
En revanche, le vieillissement expose à des risques, dans le logement, et au-delà.
A titre d’exemple, le CERTU2 développe une réflexion sur les usagers vulnérables et le partage voirie/espaces publics. En 2007, 68 % des piétons tués avaient plus de 60 ans et 25 % plus de 80 ans. Cette étude complètera notamment les observations des nécessaires aménagements de la mobilité urbaine offerts aux habitants.
Très intéressant également, le travail mené par la Commission de Sécurité des Consommateurs3 à propos des accidents de la vie courante et notamment des chutes au domicile des personnes âgées.
Il poursuit un double objectif, celui de la santé publique, qui rejoint les recommandations professionnelles sur la prévention des chutes accidentelles des personnes âgées4, (23 février 2006), mais également la prévention qui garantit l’autonomie, notamment celle d’habiter son logement, situation qui crée le risque.
Les éléments intrinsèques au vieillissement (cognitif, mental, auditif, visuel), une mobilité moins fluide, voire un état pathologique, croisent ceux extrinsèques liés à l’environnement, notamment l’inadaptation du logement. Il en va ainsi pour 72 % des chutes souligne l’INVS5.
Sans aller jusqu’à l’analyse multifactorielle (toujours profitable), l’observation simple des inadaptations est à la portée des personnes âgées elles-mêmes ou de leurs familiers et constitue un champ d’intervention efficace.
Les facteurs extrinsèques de risques de chutes se manifestent par exemple par des seuils mal signalés, des revêtements de sol glissants, un éclairage insuffisant, l’absence de points d’appui, mais aussi la présence inappropriée de tapis ou un encombrement mobilier excessif. Dans de nombreux cas, pour prévenir une chute et empêcher une éventuelle récidive, une sécurisation du domicile par un réaménagement est suffisante.
Toutefois, dans certains cas, des travaux coûteux sont nécessaires. Ces projets méritent un accompagnement averti.
Chez les plus de 65 ans, les accidents de la vie courante sont constitués pour 80 % par des chutes (à domicile pour 62 % des cas).
Cela signifie 450 000 chutes par an et 10 000 décès.
Cette observation, où se relient l’adaptation de l’habitat, la prévention et la santé, est partagée par le Professeur KEMOUN et Régis HERBIN, Architecte du CRIDEV6, mais aussi le Conseil National du Handicap7.
Gilles KEMOUN, Chef de Service au CHU de Poitiers a estimé qu’il s’agissait d’un risque majeur pour l’autonomie et a mis au point une méthode de prévention « padchute ».
Régis HERBIN, Architecte, a créé le CRIDEV. Outre une approche design intégrée (le concept de la HQU8, déclinée dans une AMO9 pour tous les habitants) le CRIDEV a fait de la prévention l’un des enjeux de la conception et de l’adaptation des logements : faire de la qualité de vie un projet pour tous.
Reliant cette conception à la prévention mais surtout à la qualité de vie, Régis Herbin présente une approche intéressante : la chaine d’usage.
Elle part du lieu le plus privé, celui où la personne a le moins d’autonomie, vers le plus ouvert. Elle suit le chemin de la décision « d’aller quelque part » dans la maison, dehors, etc…
En mêlant esthétique abordable et techniques appropriées connues des professionnels, en dehors des modèles (le Modulor 10), le CRIDEV a travaillé sur les fragilités des personnes âgées qui apparaissent avec l’âge à partir des données sensorielles11.
Ce sujet des fragilités a été abordé12 par le professeur Gabor ABELLAN VAN KAN13 qui a souligné la nécessité de les dépister pour prévenir la dépendance. Il a en outre insisté sur les conséquences des risques de chute mais surtout sur les facteurs de prévention, dont l’activité physique.
L’appréhender comme un état normal évite que les personnes âgées ne se démotivent elles-mêmes. En effet, les personnes vieillissantes refusent de demander spontanément les adaptations de confort.
Traiter l’enjeu des risques naturellement liés à l’avancée de l’âge permet, à coût supportable, avec une approche préventive souple et empirique, parfois hors norme, d’assurer le confort de vie à domicile pour le plus grand nombre de personnes âgées.
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